La Dernière Maison sur la Gauche
de Wes Craven (1972)
   13 Juillet 2020  
La Dernière Maison sur la Gauche sur IMDb  

Voici certainement l'un des articles les plus compliqués que nous avons eu à écrire ces quatorze dernières années. Un article consacré à un film extrêmement connu, que certains qualifient probablement de culte, que d'autres détestes au plus haut point, et que nous avions découvert en 2009 au moment d'écrire l'article consacré à son remake. Nous parlons évidemment de La Dernière Maison sur la Gauche, le tout premier long-métrage de Wes Craven sorti en 1972. Le film n'est pas très long, l'intrigue plutôt simple, et les acteurs peu nombreux. Pourquoi cet article est-il aussi difficile à écrire ?

Mari Collingwood va fêter son anniversaire et elle se rend à New-York pour assister à un concert avec son amie Phyllis. Alors qu'elles partent à la recherche d'un peu de marijuana, elles tombent sur un quatuor de hors-la-loi mal intentionnés qui s'emparent d'elles et transforment leur soirée en cauchemar.

La Dernière Maison sur la Gauche est le meilleur film d'horreur de 1972 d'après la liste que nous écumons depuis quelques mois. C'est pourquoi nous vous en parlons aujourd'hui. Mais il s'agit avant tout d'un film polémique dont on entend forcément parler à un moment ou à un autre lorsqu'on est fan d'horreur et dans lequel on se lance dans l'espoir de passer un angoissant moment. Sauf que voilà, La Dernière Maison sur la Gauche n'a jamais été un bon film d'horreur pour la qualité de sa mise en scène, l'intelligence de son scénario ou la qualité d'interprétation des acteurs. Ce film a marqué son époque et les esprits car il est particulièrement brutal et surtout réaliste.

Car durant la même année 1972 est également sorti The Gore Gore Girls de Herschell Gordon Lewis qui, comme l'annonce son titre, est un fim gore ne lésinant pas sur le faux sang et les mises à mort graphiques. Mais si La Dernière Maison sur la Gauche a tant marqué son époque et a été banni d'un certain nombre de pays jusque tard, c'est pour son côté réaliste. Le film débute avec un avertissement, prétendant que l'ensemble est basé sur des faits réels, et la mise en scène bien peu cinématographique (essentiellement imposée par le peu de moyens dont disposait Craven, à savoir un budget estimé à 90'000 dollars) apporte un côté "documentaire" au film qui renforce encore un peu plus cette impression.

Wes Craven a donc réalisé un film extrêmement simple et apparemment efficace vu tout le tapage qu'il a suscité. Mais autant La Dernière Maison sur la Gauche est un succès pour l'empreinte qu'il a laissé sur le cinéma mondial, autant ses défauts sont nombreux et devraient être pénalisants. Comme dit plus haut, le film ne brille pas par sa technique (à moins qu'on ne prenne en compte l'étroitesse du budget évidemment), il est bourré de scènes de remplissages souvent ridicules pour étirer une intrigue qui, sans ça, aurait été pliée en trente minutes, et les acteurs offrent des prestations très amateurs (ce qu'ils étaient à peu près tous à l'époque).

Après tout cela, vous comprenez peut-être qu'il est difficile pour nous d'attribuer une pastille à La Dernière Maison sur la Gauche. Pour l'impact et le retentissement qu'il a eu, nous devrions lui remettre une pastille verte ou tout du moins jaune. Pour ses qualités cinématographiques, nous sommes beaucoup plus proches d'une pastille orange virant pas instants sur le rouge. Pour avoir vu le film il y a 11 ans et l'avoir revu avant d'écrire cet article, nous pouvons dire que c'est un film qu'il ne faut pas voir trop jeune ou trop tôt dans son parcours initiatique à l'horreur, sous peine de le trouver simplement mauvais. Lorsqu'on le visionne avec un peu de bagage, on le perçoit différemment et on en "profite" un peu plus. Meilleur film d'horreur de 1972 pour autant ? Après mure réflexion, nous avons décidé de lui remettre une toute petite pastille jaune. Pour le symbole et pour Wes Craven.

Arflane