The Grudge
de Nicolas Pesce (2020)
   21 Avril 2020  
The Grudge sur IMDb  

Faute avouée à moitié pardonnée paraît-il. Alors voilà, nous l'avouons, nous n'avons pas été à la hauteur de la tâche et avons complètement délaissé la franchise Ju-On durant de très nombreuses années. Notre blog ne contient qu'un seul article consacré à Ju-On : The Grudge de Takashi Shimizu de 2002, qui n'est apparemment même pas le premier film de la franchise. Aujourd'hui nous ajoutons The Grudge à notre collection, alors qu'il s'agit d'une sorte de reboot après les trois premiers "remakes" américains. Donc une sorte de The Grudge 4 si l'on veut, comme quoi nous n'avons réellement aucune logique ni structure ! Si nous survivons au Covid-19 (et au gremlin dont nous avons désormais la charge), nous tenterons de mettre un peu d'ordre dans tout ça, promis.

Muldoon, une jeune inspectrice, et son fils déménagent suite à la mort de leur mari et père. Elle est affectée à un nouveau commissariat et fait la connaissance de son nouveau partenaire Goodman, avec qui elle ne tarde pas à enquêter sur un étrange cadavre découvert dans une voiture. Elle va vite comprendre que cette mort est liée à une série d'autres cas sur lesquels Goodman et son ancien partenaire ont déjà eu l'occasion d'enquêter. Muldoon va rapidement regretter d'y avoir fourré son nez et d'être venue s'installer dans ce coin des Etats-Unis.

Comme dit dans notre introduction, nous ne sommes pas vraiment à jour dans les différents films (japonais ou américains) de la franchise Ju-On (ou The Grudge). Mais après un remake et deux suites, l'équipe américaine a estimé qu'il était temps de revenir à la source et de nous pondre un reboot. Quelque part cela nous arrange, cela nous permet de traiter le film sans avoir vu tous les autres. Voyons donc comment ce reboot a été pensé et si cette approche nous promet quelques nouvelles suites à l'avenir.

Ju-On : The Grudge, même s'il nous avait relativement plu, avait un défaut majeur à nos yeux (défaut qu'on retrouve dans d'autres films du même genre, comme Ju-Rei, la Malédiction), un manque de "cohérence" dans l'intrigue, l'absence d'un fil conducteur permettant une certaine progression. Car le principe d'une rancune (traduction du mot grudge), qui reste liée à un lieu et toute personne osant y mettre un pied se retrouve immanquablement condamné à mort, est intéressant pour un film ou deux, mais lorsqu'on dépasse la dizaine, cela devient sérieusement rébarbatif. Arrive alors The Grudge version 2020 et sa tentative de mettre un peu d'ordre dans tout ça en prenant le point de vue d'une inspecteur de police qui cherche elle-même à comprendre la logique derrière toutes ces morts. Une approche finalement très américaine (ou nord-américaine pour être précis), eux qui n'aiment pas trop laisser trainer des zones d'ombres comme nous l'a montré le remake de Ring par exemple, contrairement aux japonais qui n'ont rien contre d'épaisses couches de mystère.

Mais même si l'angle de vue est quelque peu différent (pour nous qui n'avons pas vu tous les films), le contenu reste désespérément semblable à ce que nous connaissons et avons déjà vu maintes fois. Une personne est "maudite" et commence à entendre et voir des choses. Quelques minutes plus tard apparaît un spectre chevelu et la personne trépasse. Donc nouveauté relative dans la forme mais classicisme dans le fond. Et ce classicisme peut éventuellement fonctionner au Japon où ces fantômes revanchards sont ancrés dans le folklore, mais chez nous, ou aux Etats-Unis, cela semble quelque peu vain (les résultats au box office du film, ayant coûté environ dix millions de dollars pour des recettes mondiales aux alentours des cinquante millions, me font évidemment mentir quelque peu, même si cela reste un résultat mitigé).

Tentative honorable de la part de Nicolas Pesce (dont les deux premiers longs-métrages nous avaient plu), mais il aurait probablement mieux valu lancer une nouvelle franchise avec un mystérieux et inquiétant esprit vengeur s'en prenant à un groupe d'individus liés les uns aux autres par une série d'événements initialement obscurs, que de nous pondre un The Grudge supplémentaire. Mais cela aurait nécessité un peu plus de travail en amont. Et quitte à posséder les droits d'une franchise, autant les utiliser ! The Grudge 2020 est finalement relativement décevant, peinant à apporter réellement du sang neuf à l'édifice. Nous aurions pu lui remettre une petite pastille jaune, mais il nous semble plus juste de lui attribuer une pastille orange, car en tant que quarante-huitième film de la franchise (faux évidemment, mais nous n'avons pas la patience de compter), il aurait dû faire mieux.

Arflane