Ring
de Hideo Nakata (1998)
   27 Mars 2018  

Trois ans après la sortie de Ringu, le téléfilm de 1995, et sept ans après la sortie du roman, c'est au tour de Hideo Nakata (et du scénariste Hiroshi Takahashi) de s'attaquer à l'histoire de Sadako Yamamura. A-t-il visionné le téléfilm ? En a-t-il profité pour constater et corriger quelques défauts ? Difficile à dire, mais ce qui est certain, c'est qu'il ne s'est pas contenté d'en réaliser un remake, il nous propose ici sa propre relecture du sujet, pour le meilleur et définitivement pas pour le pire.

Reiko Asakawa est une journaliste enquêtant actuellement sur une étrange rumeur circulant parmi les étudiants au sujet d'une mystérieuse cassette vidéo maudite entraînant la mort de ceux qui la regardent sept jours plus tard. Une rumeur qu'elle n'aurait jamais prise au sérieux si quelques jeunes n'étaient pas soudains morts, l'une d'entre eux étant sa propre nièce Tomoko. Son enquête l'entraîne jusque dans une cabane où elle visionnera elle-même la fameuse cassette. Il lui restera alors sept jours pour remonter à l'origine de la malédiction et sauver sa vie.

En substance, ce Ring de 1998 (film et non plus téléfilm) raconte donc bien la même histoire que la version de 1995. Mais quelques modifications de taille se sont glissées dans le scénario, et ce sont ces modifications qui font toute la différence. Le héros se transforme ici en héroïne menant une vie de mère divorcée. Elle a un fils et sera aidée dans son enquête par son ex-mari qui possède un don de voyance. Et d'un point de vue narratif, ces quelques changement sont particulièrement habiles et permettent d'esquiver certaines longueurs et lourdeurs qu'on trouvait dans le téléfilm Ringu. Des lourdeurs provoquées par un respect trop prononcé du roman, où l'enquête était méticuleuse et la progression parsemée d'indices et de déductions. Ici, les dons de voyance de Ryûji Takayama (l'ex-mari de l'héroïne) permettent de sauter quelques étapes sous prétextes d'intuitions ou de visions. D'autres ajouts permettent encore d'accentuer l'horreur, comme les visages déformés sur les photos ou certaines apparitions dans des reflets.

Ring de 1998 joue d'ailleurs bien plus rapidement la carte du film d'horreur avec une ambiance bien plus pesante et des bruitages angoissants. La musique qui était relativement dérangeante dans Ringu de 1995 est ici quasi inexistante, laissant plutôt la place au silence et seules quelques scènes de la fin du film en sont pourvues. C'est aussi dans cette version de Ring que Sadako devient une réelle icône de l'horreur, un personnage qu'on craint de croiser au détour d'une chaîne de télévision mal réglée. La désormais mythique scène finale apparaît dans cette version de Ring, et nous aimerions bien savoir à qui en revient la paternité (scénariste ou réalisateur ?). Ce Ring mise beaucoup plus sur le mystère, une approche mystique du sujet, nous parle de fantômes, de mort, de démons, etc., et laisse un peu de côté la cohérence de l'ensemble. Mais ce que l'intrigue perd en "réalisme", elle le gagne en frissons et en suspens, les spectateurs y gagnent au change.

Il est toutefois possible que notre objectivité ne soit plus totale en la matière. Nous avons vu ce Ring au moins cinq ou six fois et ne sommes donc plus vraiment capables de le juger avec un regard neuf, mais nous estimons qu'il mérite bien une pastille verte et qu'il s'agit certainement de la meilleure adaptation (sans être la plus fidèle) du roman de Koji Suzuki. Et vous, qu'en pensez-vous ?

Arflane