L'Exorciste 2 : L'Hérétique
de John Boorman (1977)
   29 Juillet 2020  
L'Exorciste 2 : L'Hérétique sur IMDb  

Certaines suites sont terriblement compliquées à réaliser. Lorsque le premier film est un énorme succès vu et apprécié par des millions de spectateurs, la suite, qu'elle sorte dans la foulée ou quelques années plus tard (quelques décennies plus tard parfois), est forcément attendue au tournant. Certaines suites sont de francs succès (Le Parrain 2, L'Empire Contre-Attaque, Retour vers le Futur 2, ou dans l'horreur Aliens et Evil Dead 2) là où d'autres se ramassent lamentablement (Highlander 2, Speed 2, et malheureusement L'Exorciste 2 : L'Hérétique). Mais les raisons de la réussite ou de l'échec ne sont pas toujours claires et il est donc intéressant de se pencher sur certains cas emblématiques. L'Exorciste 2 : L'Hérétique est un extraordinaire cas d'école qui nous allons tenter de décortiquer quelque peu.

Quelques années après avoir été possédée par un démon, Regan MacNeil tente de vivre une vie d'adolescente normale. Regan prétend n'avoir aucun souvenir des événements ayant mené à la mort des pères Karras et Merrin, mais pour rassurer sa mère, elle va régulièrement voir une thérapeute, Gene Tuskin, à qui elle parle de ses cauchemars récurrents. Elle fait alors la connaissance du père Philip Lamont qui enquête sur les circonstances de la mort du père Merrin. Aidés par une machine inventée par le Dr. Tuskin, qui permet d'hypnotiser deux personnes et de relier leurs esprits, Regan et le père Lamont vont tenter de se débarrasser une bonne fois pour toute du démon qui semble encore rôder dans le subconscient de la jeune femme.

L'Exorciste, premier du nom, nous a proposé une plongée dans le quotidien chamboulé d'une famille, lorsque Regan, commence à se comporter de manière étrange et inquiétante. Et tout cela s'achevait avec un exorcisme qui a perturbé plusieurs générations de spectateurs. Le film fut un énorme succès et une suite était forcément inévitable. Mais l'écriture d'un scénario méritant d'être filmé s'est apparemment avéré être une tâche relativement ardue et il aura fallu attendre quatre ans pour voir arriver L'Exorciste 2 : L'Hérétique. Et à en croire Linda Blair, le résultat final ne correspond pas franchement au scénario qu'elle a eu initialement entre les mains. Quelques difficultés qui expliquent en partie l'échec critique et public que rencontra cette suite.

De manière générale, lorsqu'on écrit la suite d'un film, on se retrouve confronté à un choix. Doit-on se contenter de refaire le même film que l'original ou peut-on tenter de partir sur autre chose ? Dans le cas de L'Exorciste 2 : L'Hérétique, William Goodhart (le scénariste) ou John Boorman auraient pu se contenter de nous trouver une nouvelle victime de possession, un nouveau prêtre prêt à en découdre et tenter de nous choquer avec des scènes bien peu catholiques et une série d'insultes et de gros mots assurant une classification R (voir X) au film. Sans parler des effets spéciaux gores qui auraient ajouté une bonne couche d'abjecte à l'ensemble. On aurait alors critiqué le film pour la facilité et simplicité de son scénario, mais la plupart des spectateurs auraient certainement été satisfaits. Sauf que voilà, William Goodhart est parti dans une toute autre direction. L'Exorciste 2 : L'Hérétique nous parle du bien et du mal, et de comment l'un ne va pas sans l'autre. Une plongée presque philosophique au coeur d'une très étrange histoire nous emmenant aux confins de l'Afrique.

Le scénario contient des éléments très intéressants qui auraient mérité un meilleur traitement et auraient très certainement pu donner vie à un très bon film (d'horreur ou non), mais en tant que suite de L'Exorciste portant sur ses épaules les attentes et espoirs de tous les fans, L'Exorciste 2 : L'Hérétique n'avait aucune chance de succès. Trop peu d'horreur, une intrigue semblant bancale et incomplète et une machine à hypnose utilisée bien trop souvent, les défauts sont nombreux et handicapants. Si le film ne s'était pas appelé L'Exorciste 2 : L'Hérétique, nous aurions pu tenter d'argumenter et évoquer la possibilité de lui donner une petite pastille jaune, mais là nous ne pouvons lui remettre qu'une petite pastille orange et avouer que c'est une suite très décevante.

Arflane