Invisible Man
de Leigh Whannell (2020)
   09 Juillet 2020  
Invisible Man sur IMDb  

Leigh Whannell est de retour. Deux petites années se sont écoulées depuis Upgrade (très bon film que nous n'avons pas intégré à notre blog par manque d'horreur), et il semble travailler actuellement au remake de New-York 1997 (ce qui est forcément intriguant). Mais n'allons pas plus vite que la musique, nous sommes là pour parler d'Invisible Man, la nouvelle tentative d'Universal de relancer ses monstres légendaires, un petit film produit par Jason Blum très (très) loin de La Momie avec Tom Cruise.

Cecilia Kass n'est pas heureuse dans son couple. Son petit-ami, Adrian Griffin, lui fait vivre un enfer, la bat, et il est grand temps qu'elle parvienne à échapper à son influence. Elle a échafaudé un plan pour s'enfuir et disparaître qu'elle met à exécution. Peu de temps après, elle apprend qu'Adrian s'est suicidé et elle pense un instant que son cauchemar est définitivement terminé. Mais d'étranges événements surviennent alors autour d'elle et Cecilia est certaine qu'Adrian en est à l'origine, qu'il n'est pas mort et a trouvé un moyen de se rendre invisible, et qu'il est là pour la punir et la tourmenter.

Avez-vous déjà vu un film avec l'homme invisible ? Si oui, il ne date probablement pas d'hier. Nous-même ne l'avions plus croisé depuis 2003 et La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, et nous ne nous attendions pas forcément à le revoir. Il ne s'agit clairement pas du personnage le plus prolifique de l'univers des Universal Monsters, même s'il fut à la mode à une certaine époque (même John Carpenter s'y est frotté en 1992). Universal tente d'ailleurs depuis longtemps de faire fructifier son catalogue, forcément jaloux de Marvel et de ses films de super héros, sans parler de Disney qui ramasse également des fortunes avec l'univers Star Wars. Mais Dracula Untold en 2014 et La Momie en 2017 sont de tels échecs que l'ensemble du Dark Universe qui était prévu s'effondre lamentablement. Avec Invisible Man, Universal opère un sérieux changement de cap. La stratégie change et si il n'est pas possible de produire d'énormes blockbusters qui rapportent des milliards, il est peut-être au moins possible de produire des petits films pas chers qui rapportent proportionnellement gros. Invisible Man a ainsi coûté environ 7 millions de dollars et en aurait rapporté à ce jour un peu plus de 123 millions. L'affaire semble rentable.

Mais ce qui est viable financièrement l'est-il aussi artistiquement ? Car même si Invisible Man est un film que nous avons pris plaisir à visionner, plongeant facilement dans l'histoire de Cecilia et retrouvant une certaine signature visuelle de Leigh Whannell, nous devons malgré tout reconnaître une certaine étroitesse de l'intrigue qui ne met pas forcément en valeur le personnage de l'homme invisible et qui le rend même presque un peu ridicule. L'homme a quand même la capacité d'être totalement invisible, extrêmement difficile à détecter, et il utilise ce "pouvoir" pour se venger de son ex petite-amie car il n'a pas apprécié qu'elle ait décidé de le quitter. Imaginez un instant qu'Ironman ou Captain America fassent pareil. Ce problème est clairement lié à la taille du budget et à l'ampleur que pouvait, dès lors, adopter le récit, et nous pensons que cela finira par porter préjudice à l'ensemble.

Car, sans vous dévoiler les rebondissements de l'intrigue et la chute du film, nous ne voyons pas bien comment ce film pourrait donner naissance à une suite. Il est certes possible d'imaginer un certain nombre d'histoires basées sur un concept vaguement identique, mais l'idée d'un univers commun aux différents "monstres" reste tout de même une option plus alléchantes. Une pirouette scénaristique (l'homme invisible s'appelant ici Adrian Griffin et non pas Jack) permettrait certes de changer l'orientation de la série (si Invisible Man est censé devenir une série), mais le budget sera-t-il alors revu à la hausse ?

Revenons un instant sur Invisible Man pour dire que la réalisation est soignée, les actrices et acteurs bons et que les effets spéciaux sont irréprochables (et évitent de nous proposer un chapeau et des lunettes de soleil qui flottent en l'air), et que seul ce manque d'ampleur et d'ambition de l'intrigue l'empêchent réellement de prétendre à une pastille verte. Pastille jaune évidente et nous sommes impatients de voir ce qu'Universal (et Blumhouse ?) nous réserve pour la suite.

Arflane